Lois et Réglementations

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Vape de cigarette électronique chez les buralistes

Vape chez les buralistes : un sujet toujours aussi sensible

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Vapotage et buralistes ne font pas forcément bon ménage. Historiquement, ces derniers sont surtout considérés comme des points de vente de tabac. Les cigarettes électroniques émergent depuis quelques années dans le monde entier et particulièrement en France. De nombreuses boutiques spécialisées ont vu le jour et sont en concurrence directe avec les buralistes. Alors que ces derniers bénéficient de subventions de l’État, les magasins de vente de cigarettes électroniques se sentent lésés. Qu’en est-il réellement de la vape chez les buralistes ? Éléments de réponse.

 

Les buralistes ont-ils toujours la main mise sur le marché de la vape ?

 

Deux types de revendeurs se partagent aujourd’hui le marché de la cigarette électronique : les boutiques spécialisées et les buralistes. Loin d’évoquer une guerre de territoires, ces derniers revendiquent au contraire une certaine légitimité, fondée sur le fait que les fumeurs qui souhaitent arrêter auront plutôt tendance à se rendre chez eux. Alors qu’un magasin qui vend des cigarettes électroniques se consacre exclusivement à cette activité, un buraliste propose plusieurs services : bar, brasserie ou jeux en sont quelques-uns.
La vape chez les buralistes n’est donc qu’une facette de leurs multiples activités.
Pour résumer : les boutiques qui vendent des cigarettes électroniques et les buralistes n’ont pas la même clientèle et le marché est suffisamment élargi pour ces deux entités.

 

E-boutiques et buralistes : comment se passe la cohabitation ?

 

Ces tensions entre revendeurs spécialisés et buralistes sont exacerbées par les prises de position de certains fabricants de e-liquides pour cigarettes électroniques. Une grande partie de ceux-ci ne souhaitent pas que leurs produits soient commercialisés dans les bureaux de tabac. Mais l’enjeu dépasse cette simple volonté. Même si les boutiques spécialisées sont de plus en plus nombreuses, quid des habitants de petits villages qui n’y ont pas accès et qui souhaitent pouvoir s’approvisionner chez leur buraliste ? Difficile pour les industriels du secteur de négliger cet aspect et de faire l’impasse sur les 24 000 buralistes présents en France.

Néanmoins, la question mérite d’être débattue. La vape chez les buralistes coexiste avec la vente de tabac classique et c’est bien là que se situe le cœur de la discussion. La cigarette électronique peut-elle être commercialisée dans le même lieu que les cigarettes traditionnelles ? Pour Antoine Piccirilli, qui dirige la branche R&D des laboratoires Xerés, le juste milieu est peut-être le choix de la raison. Il considère que les magasins spécialisés apportent une technicité et une expertise que les buralistes ne peuvent pas fournir, car leurs activités sont multiples. De là à en déduire que chacun des revendeurs est légitime ? Probablement. Un consommateur qui a besoin de conseils avisés se tournera plutôt vers une boutique spécialisée, tandis qu’un client moins exigeant et qui souhaite juste acheter un produit rapidement et facilement s’orientera certainement vers une buraliste.
Un autre point de vue est celui de Grégory Avril, qui est à la tête du réseau Vapotech. Celui-ci estime que lorsque certains grossistes ont du mal à distribuer les produits, la vente de vape chez les buralistes est préconisée.

Emmanuel Maizière, directeur de So Good, qui vend entre autres des liquides pour cigarettes électroniques, estime lui aussi que les réseaux de vente sont amenés à être de plus en plus nombreux : boutiques spécialisées, internet et bien sûr buralistes ont toute leur légitimité selon lui pour commercialiser ces produits.
Enfin, Michel Argouet, directeur d’Exaliquid, met en avant l’importance du réseau formé par les buralistes. Difficile, selon lui, de faire l’impasse sur près de 24 000 revendeurs potentiels. Néanmoins, un vrai problème d’éthique se pose : est-il possible de vendre des cigarettes électroniques à côté du tabac ? C’est peut-être là le fond du problème. Vapoter se veut être une solution pour arrêter ou diminuer sa consommation de tabac et il paraît compliqué de proposer à terme les deux produits dans la même boutique.

 

Vape chez les buralistes : un train à prendre en marche pour combler le retard

 

Les buralistes sont souvent montrés du doigt pour le retard pris dans le secteur de la cigarette électronique. Du fait de leurs multiples activités, ils ne peuvent pas être spécialisés dans ce domaine et la vape chez les buralistes relève plutôt d’une offre d’appoint. Bien souvent, on y trouve simplement des packs prêts à l’emploi, dont la qualité laisse à désirer.
Néanmoins, force est de constater que de plus en plus de buralistes jouent le jeu et proposent un service dédié à la cigarette électronique dans leur magasin, appelés “ vape corners “.

Selon Emmanuel Maizière, directeur de So Good, ces derniers ont bien saisi tout l’enjeu de la cigarette électronique et sont prêts à s’adapter à ce marché en plein essor. Bon nombre d’entre eux suivent des formations, pour répondre aux besoins des clients. D’autres proposent à la vente une importante quantité de pièces détachées, ainsi qu’un service après-vente efficace, avec des horaires de grande amplitude.
Michel Argouet, dirigeant de Exaliquid, a un avis plus prudent sur la question. Il estime que la part de buralistes prêts à s’investir durablement dans le domaine de la vape demeure faible. Selon lui, la plupart des buralistes ne disposent pas du temps nécessaire et préfèrent se consacrer à leurs missions initiales. Il reconnaît cependant que certains d’entre eux paraissent intéressés par le sujet et développent vraiment cette activité. L’avenir de la vape chez les buralistes est peut-être plus rose que prévu et il est fort probable d’assister à une professionnalisation dans ce secteur.

 

Quid du rôle de l’État ?

 

Depuis 2018, les buralistes sont soutenus par l’État pour amorcer les différents virages de leur profession de la meilleure façon possible et le secteur de la cigarette électronique apparaît en tête de liste. Ces aides constituent un élément de discorde entre buralistes et boutiques spécialisées, creusant un peu plus le fossé qui les sépare. De là à parler de concurrence déloyale ? Là aussi, la question est ouvertement posée.
Philippe Coy, représentant de la confédération des buralistes, s’en défend. Pour lui, il faut garder à l’esprit que la vape n’est qu’une partie de la mutation du métier de buraliste. Il met l’accent sur la volonté de la profession de se développer de manière globale, en misant sur une offre de proximité locale grandissante : presse, papeterie ou parfois même brasserie, sont quelques-unes de leurs activités.

Bien souvent, le bureau de tabac est un lieu très important, notamment dans de petits villages, où les habitants sont souvent coupés des grandes agglomérations et de leurs commodités.

Selon les représentants des buralistes, l’offre de l’État ne peut pas être considérée comme étant destinée à développer le domaine de la vape, mais plutôt comme un moyen d’améliorer les services proposés.
Mais, cette position ne fait pas l’unanimité et Grégory Avril, dirigeant du réseau Vapotech, crie à l’injustice.

 

La vape chez les buralistes est un sujet qui risque de continuer à faire débat. Même s’il ne faut pas perdre de vue que la fonction première du métier de buraliste consiste à proposer un service de proximité diversifié, son rôle dans le marché de la vape ne peut pas être ignoré. Le chemin semble encore long avant de parvenir à un consensus entre buralistes et boutiques spécialisées.

 


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