
Un sondage décrit des perceptions. Une étude de santé mesure des effets dans des conditions précises. Pour comprendre les débats sur la vape, il faut commencer par séparer ces deux questions.
En septembre 2026, la FIVAPE a publié son commentaire d’une enquête conduite quelques mois auparavant. Le Sondage OpinionWay pour Fivape interrogeait les Français sur les risques du vapotage et du tabac. Ses résultats éclairent l’état de l’opinion ; ils ne mesurent ni maladies, ni toxicité, ni réussite d’un arrêt du tabac. 1
Que montre le sondage de 2026 ?
L’enquête a été réalisée en ligne les 15 et 16 avril 2026, auprès de 1 010 personnes de 18 ans et plus. L’échantillon a été construit par quotas de sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, catégorie d’agglomération et région. C’est une enquête d’opinion auprès d’adultes, et non une enquête clinique. 1
À la question comparant les risques sanitaires du vapotage à ceux des cigarettes, 15 % des répondants jugent le vapotage plus risqué, 43 % aussi risqué, 19 % plutôt moins risqué et 8 % beaucoup moins risqué. 1 % le dit inoffensif ; 14 % ne se prononcent pas. Les chiffres sont arrondis dans le document. 1
Il est utile de conserver ces catégories : estimer un risque moindre et déclarer un produit inoffensif sont deux réponses différentes. De même, ne pas se prononcer n’équivaut pas à affirmer que les deux pratiques présentent le même danger.
Le commanditaire et le commentaire comptent aussi
La FIVAPE représente les entreprises de la filière du vapotage. Elle a commandé l’enquête et en propose une lecture critique de l’information reçue par le public. Cet intérêt professionnel doit être visible lorsque l’on présente ses publications. Il ne rend pas les réponses du sondage fausses, mais invite à lire les résultats avec leur méthode plutôt qu’à reprendre automatiquement le commentaire du commanditaire. 1, 2
Un sondage ponctuel ne permet pas, à lui seul, de déterminer pourquoi une personne répond ainsi. Pour établir qu’une campagne médiatique a causé une évolution, il faudrait mesurer l’exposition des répondants et écarter d’autres explications. Un rapprochement de dates ne suffit pas.
Les comparaisons historiques exigent également de vérifier les formulations des questions, les modes de recueil et les populations. Une variation de quelques points ne s’interprète pas sans tenir compte de l’incertitude et de la taille des sous-groupes. La notice OpinionWay rappelle elle-même l’existence de marges d’incertitude. 1
Que mesurent les publications scientifiques ?
Les travaux de laboratoire peuvent analyser les substances émises et les réactions de cellules. Les essais cliniques comparent des stratégies d’arrêt du tabac. Les études de suivi recherchent des maladies au fil des années. Ces approches se complètent, mais leurs résultats ne sont pas interchangeables.
Dans sa revue actualisée d’août 2026, l’équipe internationale Cochrane conclut avec un niveau de confiance élevé que les cigarettes électroniques nicotinées augmentent les arrêts du tabac par rapport aux substituts nicotiniques dans les essais retenus. Cette conclusion porte sur l’aide au sevrage ; elle n’établit pas l’absence de risque d’un usage pendant des décennies. 3
En France, l’expertise de l’Anses diffusée en 2026 conclut globalement à des risques moindres que ceux du tabac fumé. Elle décrit cependant certains effets cardiovasculaires probables en présence de nicotine, ainsi que des effets respiratoires et cardiovasculaires possibles. Elle souligne les incertitudes liées au recul disponible. L’absence de combustion ne rend donc pas un aérosol dépourvu de substances préoccupantes. 4
« Moins risqué » : par rapport à quelle situation ?
Pour une personne qui fume, la question d’un remplacement complet du tabac diffère de celle d’un vapotage ajouté aux cigarettes. Pour une personne qui ne fume pas, commencer à vapoter crée une exposition nouvelle. Un résultat obtenu dans un essai d’arrêt chez des adultes fumeurs ne se transpose donc pas automatiquement aux non-fumeurs, aux adolescents ou à la grossesse.
Il faut aussi distinguer le risque relatif, qui compare deux situations, et le risque absolu, qui décrit la fréquence d’un événement. Une phrase générale sur la « nocivité » ne résume pas tous les organes, toutes les durées d’exposition et tous les profils d’usage.
Comment lire la prochaine annonce ?
Avant de retenir un chiffre, regardons ce qu’il désigne : une opinion, une substance mesurée, un symptôme, une maladie ou un arrêt du tabac. Puis vérifions la population, le comparateur, la durée et le financement. C’est cette lecture qui permet de présenter ensemble un bénéfice documenté pour le sevrage et les risques ou incertitudes sanitaires.
À retenir : le sondage renseigne sur ce que les adultes interrogés pensent en avril 2026. Les conclusions sanitaires viennent d’autres recherches. Ni l’opinion majoritaire ni le commentaire d’une organisation professionnelle ne remplacent leur examen.
Sources et transparence
- OpinionWay pour Fivape. L’opinion des Français sur le tabagisme et le vapotage, avril 2026. Annexe méthodologique et résultats dans le dossier PDF publié par la FIVAPE, pages PDF 8 et 12. Commanditaire : FIVAPE. Mention de reprise : « Sondage OpinionWay pour Fivape ».
- FIVAPE. Commentaire du 22 septembre 2026. Source professionnelle utilisée pour identifier l’enquête et distinguer son interprétation des résultats.
- Lindson N et al. Electronic cigarettes for smoking cessation. Cochrane, 26 août 2026. DOI : 10.1002/14651858.CD010216.pub11. Notice et déclarations. Revue internationale ; financement Cancer Research UK et soutien NIH/FDA pour certains nouveaux critères ; liens déclarés de plusieurs auteurs détaillés dans la notice.
- Anses. Évaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage, décembre 2025, diffusion en février 2026. Avis et rapport, synthèse de l’avis, pages PDF 27–28, et présentation institutionnelle. Rapport obtenu et sections citées consultées ; aucune relecture exhaustive de toute l’expertise n’est revendiquée.
Crédit de l’illustration : Main tenant une cigarette, noir et blanc — freestocks.org, CC0 1.0. Recadrage et compression pour le web.