
L’étude de Mosimann et de ses collègues apporte des informations sur les saveurs utilisées pendant une tentative d’arrêt. Elle ne démontre pas qu’un arôme donné provoque une meilleure réussite. Le choix des arômes n’était pas randomisé.
Publiée le 15 janvier 2025 dans Tobacco Prevention & Cessation, cette recherche vient de Suisse, notamment des équipes de Berne et d’Unisanté à Lausanne. Elle constitue un complément international au dossier français. Le fait qu’elle soit citée par la FIVAPE ne change ni son origine ni son protocole. 1, 2
Un essai randomisé, mais une analyse des arômes observationnelle
L’étude est une analyse secondaire de l’essai ESTxENDS. Elle suit les 622 adultes du groupe ayant reçu une cigarette électronique, des liquides gratuits pendant six mois et un accompagnement au sevrage. Les participants fumaient au moins cinq cigarettes par jour avant leur tentative d’arrêt. Ils pouvaient choisir parmi six saveurs et quatre concentrations de nicotine, puis modifier leurs choix. 1
Le tirage au sort de l’essai initial concernait la stratégie proposée : accès à la vape avec accompagnement ou accompagnement seul. Il ne concernait pas les saveurs. À l’intérieur du groupe vapotage, les personnes choisissaient elles-mêmes leurs liquides.
Cette distinction change la question à laquelle on peut répondre. Le suivi décrit ce que choisissent des personnes aux parcours différents. Il ne compare pas deux groupes rendus similaires par un tirage au sort entre, par exemple, une saveur fruitée et une saveur tabac.
Que constate-t-on à six mois ?
À six mois, parmi les personnes dont le choix de saveur est renseigné, 31 % des vapoteurs exclusifs utilisent la catégorie fruitée, contre 22 % des personnes qui vapotent et fument encore. La catégorie tabac représente respectivement 21 % et 33 %. Les autres participants utilisent notamment du menthol ou des combinaisons de saveurs. 1
Ces pourcentages décrivent des choix de liquides au sein de deux groupes d’usage. Ils ne sont pas des taux de réussite par arôme. On ne peut pas en déduire que 31 % des personnes choisissant une saveur fruitée arrêtent de fumer.
Le classement « vapoteur exclusif » repose ici sur l’usage déclaré pendant les sept jours précédant la visite. Il ne signifie pas nécessairement une absence continue de cigarettes depuis le début du suivi. De plus, le choix de saveur en première semaine n’était pas associé de manière statistiquement significative au statut tabagique à six mois dans l’analyse rapportée. 1
Pourquoi l’association ne prouve-t-elle pas la cause ?
Une préférence peut accompagner un changement sans en être le moteur. Une personne qui s’éloigne du tabac peut changer de goûts ; une autre peut préférer certaines saveurs dès le départ. La dépendance, les expériences antérieures et l’engagement dans l’arrêt peuvent également différer entre ces personnes.
Les chercheurs tiennent compte de plusieurs caractéristiques dans leurs analyses. Cela réduit certains déséquilibres mesurés, mais ne recrée pas un tirage au sort et n’élimine pas toutes les différences possibles.
Pour tester directement l’effet d’une offre aromatique, il faudrait un protocole conçu pour comparer des offres différentes, avec une définition préalable de l’arrêt et un suivi adapté. L’étude de 2025 n’a pas été construite pour démontrer qu’un choix libre est supérieur à une offre restreinte. Ses auteurs demandent explicitement une interprétation exploratoire. 1
D’autres limites à garder en tête
Les usages sont largement autodéclarés. Certaines données manquent au suivi et les comparaisons sont nombreuses. Les auteurs précisent que les intervalles de confiance n’ont pas été corrigés pour la multiplicité des analyses. Enfin, un matériel fourni gratuitement et des rendez-vous de soutien créent des conditions différentes de celles d’une personne qui essaie seule. 1
L’étude s’intéresse aux comportements d’adultes fumeurs volontaires pour une tentative d’arrêt. Elle ne mesure pas les effets d’une politique d’arômes sur toute la population, ni l’attractivité de ces produits chez les adolescents. Elle ne compare pas non plus leur toxicité respiratoire selon les saveurs. Un goût apprécié ne constitue pas une preuve de sécurité à l’inhalation.
Ce que l’on peut dire sans aller trop loin
La recherche montre que les préférences aromatiques évoluent et diffèrent entre certains groupes au cours du sevrage. Elle rend pertinente l’étude de ces préférences dans les parcours d’arrêt. Elle ne permet pas de recommander un arôme ou de promettre une réussite supérieure.
Le commentaire professionnel de la FIVAPE défend une place importante pour les arômes. Cette position doit être distinguée du résultat précis de Mosimann : une association observée dans une analyse secondaire suisse, avec des limites causales clairement annoncées. 1, 2
Sources et transparence
- Mosimann AF et al. E-liquid flavors and nicotine concentration choices over 6 months after a smoking cessation attempt with ENDS: Secondary analyses of a randomized controlled trial. 2025;11:4. DOI : 10.18332/tpc/196136. Texte intégral ; notice. Méthodes, tableau 2 et limites consultés dans le texte intégral. Financement : Fonds national suisse, Fonds de prévention du tabagisme, Recherche suisse contre le cancer et Lunge Zürich. Les auteurs déclarent ne pas avoir d’intérêts concurrents liés à ce travail. Matériel et liquides commerciaux utilisés : cela ne vaut pas recommandation de produit.
- FIVAPE. Les arômes dans le vapotage, un levier essentiel pour le sevrage tabagique, 16 septembre 2025. Commentaire d’une organisation représentant la filière, utilisé comme point d’entrée bibliographique.
Crédit de l’illustration : Cannelle et anis étoilé sur fond anthracite — Pixabay / Pexels, CC0 1.0. Recadrage et compression pour le web.